Des «sports de Blancs» et des «sports de Noirs» aux États-Unis ?

Des «sports de Blancs» et des «sports de Noirs» aux États-Unis ?

Le mouvement de protestation initié par le quarterback Colin Kaepernick (NFL) contre les violences policières touchant les Afro-Américains n’a pas eu le même écho en MLB qu’en NBA. Un écho à la diversité ethnique des grands sports, étudiée de près aux Etats-Unis.

Yann Soudé

Le baseball est «un sport de Blancs». C’est un quintuple All-Star afro-américain, le champ extérieur centre des Orioles Adam Jones, qui le dit. Et il n’a pas tort. Les statistiques ethniques, qui sont interdites en France, le démontrent : au premier jour de la saison 2016, en avril, 59,07% des joueurs de MLB étaient blancs, contre seulement 8,3% d’Afro-Américains ou Noirs. Mais la ligue majeure accueillait aussi 28,5% de Latinos, plus que dans n’importe quelle autre discipline.

Parler de «sports de Blancs» et de «sports de Noirs» est sans doute réducteur. Nier la discrimination dont sont victimes certaines communautés, en revanche, équivaudrait à fermer les yeux sur un passé ségrégationniste dont la mémoire subsiste aux États-Unis. Il n’est pas certain que le pays se lave un jour de «son péché originel, l’esclavage», regrette ainsi le journaliste John Walters (Newsweek). «Mais ce que nous croyons, reprend l’activiste Richard Lapchick, c’est que mettre en lumière ces statistiques et tendances(ethniques) est la meilleure façon d’ouvrir un dialogue autour des disparités raciales et de genres.»

Depuis une dizaines d’années, Lapchick distribue les bons et les mauvais points à travers les études d’un organisme qu’il dirige, l’Institut pour la Diversité et l’Éthique dans le sport. En avril, il a ainsi donné un «A» à la MLB après qu’un «virage prometteur» a été constaté lors de la draft (25% des joueurs choisis au premier tour étaient noirs, du jamais vu depuis 1992). Mais ça ne veut pas dire que la communauté noire va délaisser le basket et le football US, dans lesquels elle est majoritaire.

«Le baseball n’est plus un symbole identitaire aussi prégnant qu’il n’a pu l’être mais traditionnellement, son image reste celle d’un sport blanc, analyse Matthieu Genty, docteur en ethnologie et membre du laboratoire TEC à l’Université Paris Descartes. En 1907, on a attribué sa paternité à Abner Doubleday, un général de l’Union, patriote, fils et petit-fils de militaires, connu pour avoir donné l’un des premiers coups de canons de la guerre de Sécession et s’être battu contre les Indiens, les Mexicains. Cet imaginaire paternaliste, pour ne pas dire patriotique voire nationaliste, sera cassé par le Congrès en 1953 (qui a attribué la création du sport à Alexander Cartwright, ndlr). Mais le baseball afro-américain a toujours été soumis institutionnellement au baseball blanc, notamment